La chanteuse de Broadcast, Trish Keenan nous a tragiquement quitté il y a déjà huit ans, fauchée bien trop tôt après une virulente pneumonie. Le dernier véritable album du groupe date de 2005. Il n’empêche et c’est assez rare pour le noter que la musique de ces délicats anglais semble autant sinon plus pertinente en 2019 qu’à l’époque de sa parution (pensez Tame Impala, Melody’s Echo Chamber, Beach House, Jacco Gardner…).


Pour la petite anecdote, Keenan (qui ne rougissait pas de son histoire) fut élevée par une mère prostituée et fit ses études dans une école catholique. Comme l’histoire s’arrête rarement à un paradoxe prêt elle saura cultiver avec son partenaire James Cargill une musique faite à la fois d’un passéisme entièrement assumé et d’une modernité tout à fait pertinente. Mélange de claviers et clavecins directement hérités d’une certaine idée fantasmée de la pop des sixties et de sonorités issues des musiques concrètes et électroniques des plus aventureuses, en résulte une musique douce et acidulée, à la fois étrange et envoûtante. La voix de Keenan se pose elle de manière désincarnée et sensuelle, distante et intime, en digne descendante d’une Françoise Hardy ou de Laetitia Sadier de Stereolab, dont Broadcast reste sans doute à ce jour le meilleur héritier.