Livres Adultes

éloge des mathématiques

  • Eloge des mathématiques
  • Auteur : Alain Badiou, avec Gilles Haéri
  • Editeur : Paris : Flammarion
  • Publié : 2015
  • Type de document : Livres Adultes
Savoir plus et réserver
 

Dès qu’il fît paraître  son Petit Panthéon portatif en 2008 aux éditions de la Fabrique, comme pour se mettre en conformité avec l'étymologie (philo = amour) de sa discipline, Alain Badiou nous apparut travaillé par l'impérieuse nécessité de manifester de l'amour. Il s’en suivit une série de livres d’éloges (qui ne sont pas sans rappeler la mode éditoriale des Dictionnaires amoureux…).

L’éloge des mathématiques est un livre d'entretiens, le troisième de cette série d'éloges. Il marque la volonté du philosophe d’orner de clous d'or la châsse dans laquelle il entend enfermer les gemmes d'un système (le sien) dont il professe la vocation universelle ; après un éloge de l'amour, suivi d'un éloge du théâtre voici un éloge des mathématiques.

Lorsqu’on n’est pas mathématicien, faire l'éloge des mathématiques n'est pas sans risque ; on aura l’air de manquer de modestie, pire on vous qualifiera d’élitiste. L'attitude générale face aux mathématiques voudrait qu'on en médise – même si le nombre considérable de ceux soutiennent n’y rien comprendre auront toujours l’air d’attaquer les maths avec la rancœur du renard de la fable des raisins verts ; peu de matheux doués affectent de les mépriser sauf pour dénoncer certains abus de leur utilisation (en économie politique particulièrement). Il faut noter que la critique des mathématiques ne porte généralement pas sur l’activité intrinsèque du mathématicien (qui dépasse le commun des mortels) mais sur le statut que la société confère aux maths: discipline survalorisée à l'école, elle est un outil de sélection scolaire considéré comme arbitraire ; par ailleurs, une certaine logique des chiffres est accusée de meurtrir la vie économique et sociale. Par devers elles, ce qui est dénoncé c'est un latin de technocrate; le  Diafoirus du 21ème siècle s’exprime en équations.

Alain Badiou ouvre son éloge avec un appel angoissé : il faut sauver les mathématiques! de quoi ? de l'attitude aristocratique du milieu des mathématiciens qui sentirait trop le renfermé ; seule la philosophie pourrait sauver les maths de l'asphyxie à laquelle ses adeptes l'exposent. Après tout, en leur temps, Descartes et Leibniz n'étaient-ils pas à la fois  des philosophes et des matheux de première force ? Badiou, fils de professeur de mathématiques, revendique – non pas le statut de mathématicien mais une compétence particulière car il étudia les mathématiques pendant deux ans à la Sorbonne. Mais ne fait-il pas fi de la complexité d'un champ disciplinaire foisonnant dont la tentation monolithique (totalitaire?) qui prévalait aux temps glorieux du groupe Bourbaki semble désormais dépassée: ce temps n'est plus où l'on voulait fonder LA Mathématique car aujourd'hui on continue de parler DES mathématiques. L'activité mathématique est aujourd'hui un foisonnement disparate, hétéroclite, mélangé à d'autres réalités (les maths appliquées) qui fait dire au mathématicien Didier Nordon que "les mathématiques pures n'existent pas" ? N'est-il pas tenté de réduire les mathématiques à l'activité d'un sous-système de son propre écosystème social ; le monde universitaire et académique – duquel Alain Badiou semble inquiet d'obtenir quelque reconnaissance ?

Toutefois son attachement aux mathématiques s'enracine dans un souci plus profond de vérité. A double titre : tout d’abord, pour Badiou le principe de la reconnaissance par les pairs rend impossible l'imposture en mathématiques; parce que les mathématiques sont d’abord une affaire de mathématiciens, elles sont à l’abri des impostures – contrairement à la philosophie régulièrement compromises par les modes éditoriales (Badiou évoque avec amertume la gabegie des « nouveaux philosophes »). D'autre part, parce que ce principe de vérité est au cœur de l'activité mathématique elle-même. Et c'est bien ce principe de vérité qui uni toutes ces pratiques disparates dispersées dans l'histoire et la géographie de la discipline ; ce mot mathématiques - dont l’origine grecque est contingente  - réunit rétrospectivement des hommes de l'antiquité méditerranéenne, de l'ancienne Chine et de l'Inde et aujourd’hui une communauté mondiale de chercheurs. Pour Badiou, l'internationale des mathématiciens est la plus solide internationale qui soit. C'est la raison pour laquelle, il faut la prendre au sérieux et qu'il serait bon de ravaler toute rancœur afin que les mathématiques entrent dans notre vie autrement que sous la forme de ce cheval de Troye au fond duquel est tapi une sorte de dictateur abstrait qui pense à notre place – dont l'algorithme est devenu l'emblème.

Marxiste revendiqué, Alain Badiou est dialecticien dans le sens le plus modeste de ce terme ; puisque ce petit livre est un dialogue. Mais il a surtout l'esprit de système. La vision des mathématiques de Badiou est celle d'un homme ayant besoin de trouver un fondement aux choses. Autant le mathématicien a la manie de tout démontrer ; le philosophe entend tout justifier ; même les mathématiques.  Or, il ressort que philosophiquement (dans ce cadre Alain Badiou revendique le terme aujourd'hui en discrédit de métaphysique) les mathématiques nous apparaissent sous deux aspects antagonistes qui retrouvent la vieille opposition médiévale du réalisme et du nominalisme. Dans l’optique réaliste les objets mathématiques existent avec un degré de réalité égal aux autres objets de l'univers ; ils constituent des essences, des sortes de faits premiers à toute appréhension par l'esprit. Pour le nominalisme l'activité mathématique est une manifestation sophistiquée du langage, une élaboration du monde, un constructivisme. Sous ce rapport, il convient de citer Alain Badiou plutôt que le trahir : « Mon but est de sauver la catégorie (philosophique) de vérité qui [ ... ] distingue et nomme [les vérités scientifiques, esthétiques, politiques ou existentielles] , en légitimant qu'une vérité puisse être : - absolue, tout en étant une construction localisée ; - éternelle, tout en résultant d'un processus qui commence dans un monde déterminé (…) et appartient donc au temps de ce monde. »

L'enjeu principal d'un tel débat est politique. Une politique minée dans ses fondements par un mauvais relativisme qui serait, dans le meilleur des cas l'alibi d'une certaine paresse intellectuelle ou, dans le pire des cas un outil de domination. Il songe à faire un éloge de la politique.

un conte savant et savoureux (Le Chez-soi des animaux )

L'éthologie est une science qui étudie le comportement animal. Incidemment, il lui arrive de s’intéresser au comportement humain en tant que l'être humain est un aussi un animal (voici une idée qui n'est peut-être pas si évidente en soi). Ce petit livre est, non pas un traité d'éthologie, mais un conte philosophique porté par un style clair et nourri de connaissances zoologiques. Inspiré d'un conte d'Ursula Le Guin, il entraîne le lecteur dans passionnante méditation sur nos représentations du chez-soi de chacun. Si le monde est ce que chacun en perçoit, l'éthologie apporte ici sa contribution à la pensée écologique dans la mesure où celle-ci, comme science des milieux de vie, s'intéresse à la place (chez-soi) que chaque animal (humain ou non) partage avec les autres.
  • Le chez-soi des animaux
  • Auteur : Vinciane Despret
  • Editeur : Arles (Bouches-du-Rhône) : Actes Sud ; [s.l.] : [s.n.]
  • Publié : 2017
  • Type de document : Livres Jeunesse
Savoir plus et réserver
 
L'éthologie est une science qui étudie le comportement animal. Incidemment, il lui arrive de s’intéresser au comportement humain en tant que l'être humain est un aussi un animal (voici une idée qui n'est peut-être pas si évidente en soi).
Ce petit livre est, non pas un traité d'éthologie, mais un conte philosophique porté par un style clair et nourri de connaissances zoologiques. Inspiré d'un conte d'Ursula Le Guin, il entraîne le lecteur dans passionnante méditation sur nos représentations du chez-soi de chacun. Si le monde est ce que chacun en perçoit, l'éthologie apporte ici sa contribution à la pensée écologique dans la mesure où celle-ci, comme science des milieux de vie, s'intéresse au chez-soi que chaque animal (humain ou non) partage avec les autres.

Quand Dieu joue aux dés : impensable hasard

Savoir plus et réserver
 

Le hasard, tout le monde sait ce que c’est. Le mot fait partie du vocabulaire courant. Chacun à son idée sur la chose ; il y a ceux pour qui tout est hasard, il y a ceux pour qui rien n’arrive pas hasard. L’idée de hasard semble contraire à celle de volonté ; qu’elle soit divine (Providence) ou humaine (industrie). Elle s’oppose aussi à l’idée de règle ou de cause ; tel événement produit par une cause ou par une règle ne doit rien au hasard. Pourtant au 17ème siècle des mathématiciens ont commencé à découvrir que, bien qu’il produise sans règle, le hasard semble suivre des règles ; Blaise Pascal et Pierre de Fermat ont fondé cette branche des mathématiques qui les étudient ; les probabilités. Puis au début du 20ème siècle, le hasard est venu tourmenter les physiciens. Avec la naissance de physique quantique la notion de hasard devient plus complexe. Jusqu’alors chacun comprenait le hasard comme une sorte de limite à notre connaissance – cette limite, le calcul des probabilités est capable de la circonscrire ; sans pour autant abolir le hasard, les mathématiques permettent d’établir des espérances en établissant les limites de notre volonté : avec un seul dé à 6 face, nous sommes sûr qu’un coup ne produira jamais de 7 et que nous avons une chance sur six de tirer un 1.

Le paradoxe EPR

En physique quantique, la notion de hasard est intimement liée à la notion de localité - ou plutôt de non localité. C'est le sujet principal de ce livre ; la « non-localité » des phénomènes étudiés par la physique quantique. Sa thèse centrale est que Dieu joue « Bell » et bien aux dés. La non-localité est étroitement liée à la notion de hasard ; la présence de celui-ci dans les événements quantiques déplaisait à Einstein. Les concepts de « hasard » et de « non-localité » ont été précisés en 1964 par John Stewart Bell. Les travaux de ce physicien irlandais ont permis d'établir un critère expérimental pouvant servir à vérifier ou infirmer un paradoxe. Ce paradoxe (que l'histoire a retenu sous le nom de Paradoxe Einstein-Podolsky-Rosen) mettait la théorie quantique face à une contradiction qui devait l'invalider. Dans une publication retentissante, Einstein avec deux autres physiciens (Boris Podolky et Nathan Rosen) avait montré que la physique quantique admettait que les états de deux objets quantiques ayant interagit (dont les états sont intriqués) restaient corrélés quel que soit la distance  qui les sépare ; toute modification de l’état de l’un induit une modification de l’état de l’autre et cela quel que soit la distance qui les sépare. Ce type d’action à distance a fait fantasmer plus d’un parapsychologue espérant y trouver les bases physiques de la télépathie.

L’inégalité de Bell

Le critère expérimental établi par John Bell est connu sous le nom d'Inégalité de Bell. En1982, le physicien français Alain Aspect a réalisé la première expérience qui s'appuie sur les conditions établies par Bell pour confirmer ou infirmer le paradoxe EPR. Alain Aspect a préfacé le présent ouvrage dont l'auteur, Nicolas Gisin réalisa par la suite une seconde expérience fondée aussi sur les critères de Bell et qui confirma les résultats du français.

Conclusions des expériences françaises et suisses

Désormais, le paradoxe EPR qui devait invalider la théorie n'est plus une expérience de pensée imaginée pour souligner une faille dans la physique quantique. Celle-ci n'est pas défaillante, et le paradoxe EPR est devenu une propriété paradoxale de la nature; sous certaines conditions (intrication), deux objets quantiques (deux photons par exemple) séparés par une distance quelconque peuvent avoir des états corrélés sans aucun échange d'information de l'un à l'autre, sans qu'aucune influence ne puisse expliquer cette corrélation. Un changement d'état de l'un permet de prévoir l'état de l'autre sans que cet autre n'ait été « informé » du nouvel état du premier par un signal quelconque. Nul besoin d'invoquer une sorte de télépathie celle-ci se fondant sur l'idée d'une influence occulte, c'est à dire à une théorie « locale »; la physique quantique est non locale.

Non localité

Pour définir ce qu'on entend par non localité des phénomènes physiques, il est naturel de commencer par la définition de la localité. Que signifie la phrase, « les phénomènes décrits par la physique sont locaux » ? Que dit-on quand on dit que tel événement est un phénomène local ?
Cela veut dire d'abord qu'il a lieu… dans un lieu. Par cette tautologie, nous comprenons que cette locution française associe étymologiquement l'idée d'événement à celle de lieu ; un événement à lieu quelque part. La physique classique (et relativiste) caractérise ce lieu par un point dans un espace euclidien (Riemannien pour la relativité).
Une théorie physique est dite « locale » si les phénomènes ou événements qu'elle décrit s'expliquent par des influences de proche en proche se propageant à vitesse finie dans l'espace (dans le cas de la relativité cette vitesse à une limite ultime, celle de la lumière). Une illustration très classique est l'effet domino dans lequel chaque domino fait tomber l'autre de proche en proche du premier au dernier de la ligne sur laquelle ils sont disposés. Le pendule de Newton est un autre exemple de phénomène simple de transmission de l'énergie cinétique via un choc élastique transmis par des boules immobiles. La propagation des vagues ou des tsunamis à la surface de l'eau constitue un autre exemple ; un mouvement périodique de haut en bas en surface se propage de proche en proche. De même les phénomènes acoustiques sont locaux. Enfin, la théorie ondulatoire de la lumière est une théorie locale ; et ce n'est pas simplement pour donner du « corps » à cette théorie que les physiciens imaginèrent l'éther, c'est avant tout par une exigence de localité ; en effet cette substance était le support hypothétique de la propagation de l'onde électromagnétique, l'équivalent de l'eau pour les vagues ou de l'air pour le son. Si jusqu'à Descartes inclus, les philosophes et physiciens étaient si réticent à l'idée même de vide dans la nature (la nature a horreur du vide), c'est aussi par une exigence de localité ; Descartes a conçu sa théorie des tourbillons pour satisfaire à cette exigence. C'est au nom de cette même exigence que Newton n'acceptait pas l'idée d'action à distance dont il a pourtant fourni le premier modèle mathématique dans le cadre de sa théorie de la gravitation. Nicolas Gisin ne manque pas de rappeler la célèbre citation dans laquelle Newton déclare : « aucun homme ayant une faculté de réfléchir avec compétence aux problèmes philosophiques » ne peut admettre que deux corps puissent agir l'un sur l'autre à distance sans aucune médiation. C'est la théorie de la Relativité générale d'Einstein qui donna la première description locale de la gravitation en remplaçant l'espace et le temps newtoniens par la notion d'espace-temps et en reconsidérant les notions de masse et d'inertie. C'est dire combien Albert Einstein était attaché à l'idée de localité.

 


Le livre de Nicolas Gisin nous introduit aux critères de Bell. Il est probablement l'un des rares ouvrages pour un public non spécialiste à développer autant le raisonnement de Bell. C'est un raisonnement de nature logique qui n'est pas simple à assimiler. Il se fonde sur la notion de hasard étroitement liée à celle de non localité. La notion de hasard atteint ici un raffinement qui nous oblige à distinguer le vrai hasard du hasard tel qu'on le comprend couramment. Le vrai hasard n'est pas celui des dés jetés sur le tapis ; celui-ci reste un hasard déterministe, c'est-à-dire un faux hasard. Nous savons que le résultat d'un jet de dés est déterminé par des microphénomènes complexes (chocs élastiques, chocs des molécules d'air, propriétés élastique du tapis etc.) dont la détermination exacte excède toute puissance de calcul ; ce hasard n'existe que par notre ignorance de chaînes causales complexes. Le vrai hasard est non déterministe et « permet la non-localité sans communication ».

Prétendre que ce livre permet de comprendre enfin quelque chose à la physique quantique serait excessif. Il constitue cependant un évident effort de vulgarisation sur les inégalités de Bell - sur lequelles les vulgarisateurs s'attardent rarement. Mais au bout de cette lecture, on se retrouve encore perplexe comme devant tout ce qu’on aura pu lire auparavant sur les quanta. On peut toujours se consoler en invoquant la célèbre boutade de Richard Feynman ; personne ne comprend rien à la physique quantique. Sans jamais renoncer à la possibilité de saisir quelque chose, comprendre qu'on n'y comprend pas grand-chose nous préserve de la suffisance, invite à rester humble. La prudence est de mise à qui voudra briller dans les salons en jonglant avec des photons.

Petit point

  • Petit point
  • Auteur : Pierre-Gilles de Gennes
  • Editeur : [Paris] : Le Pommier
  • Publié : 2002
  • Type de document : Livres Adultes
Savoir plus et réserver
 
Cet opuscule est dédié à "Madame la Ministre de Recherche et de la technologie"; c'était alors l'astronaute Claudie Haigneré (nous sommes en 2002). A celle qui voit la science "de haut, comme une vaste tapisserie" Pierre-Gilles de Gennes se propose de lui en dresser un portrait en pied, qu'il peint au niveau du Petit point qu'il est lui-même parmi les autres petits points dans la trame de Recherche scientifique.
En pastichant La Bruyère, il nous dresse une galerie de portraits sans complaisance de quelques archétypes de chercheurs dont la ressemblance avec des personnages réels n'a rien de fortuit.
Ce petit livre n'a guère fait de bruit lors de sa sortie. Il n'avait pas vocation à cela; ce n'est pas un défouloir. Aucune acrimonie dans cette approche quasi taxidermique des travers 'trop humains" qui fourvoient et dévoient au quotidien l'esprit de la recherche. Ce n'est au fond qu'un modeste petit catalogue des faiblesses humaines qu'il faudrait mettre entre les mains de tout aspirant chercheur scientifique.

Le déploiement

  • Le déploiement
  • Auteur : Nick Sousanis
  • Editeur : Arles (Bouches-du-Rhône) : Actes Sud - L An 2
  • Publié : 2016
  • Type de document : Livres Adultes
Savoir plus et réserver
 

Traduite de l'américain, cette bande-dessinée est une thèse de doctorat que son auteur Nick Sousanis a soutenue en 2014 à l'Université Columbia. Unflattering - Le déploiement en français- a ensuite été publiée en 2015 par Harvard University Press avant d'être traduite et publiée en français par les éditions de l'An2 et Acte Sud.


La forme BD a clairement l'ambition d'illustrer la thèse elle-même; ici la forme du discours est une mise en pratique du discours lui-même: à savoir la nécessité de dépasser la pensée unidimensionnelle de la pensée verbale et textuelle en invitant la pensée à franchir les différentes dimensions du monde perçu (le monde comme représentation). L'esprit se met en mouvement en dialoguant avec lui-même en multipliant les formes d'expression. Ces différentes formes d'expression (dessin, mouvement, parole, écriture), produisent autant de points de vues. Il en résulte un approfondissement du monde perçu au sens où se crée une 'profondeur de champ'. Exactement de la même manière que, par exemple, nos deux yeux parce que situés en deux points distincts de l'espace, offrent à notre cerveau deux points de vues différents qui permettent à celui-ci de penser la profondeur (stéréoscopie). La bande-dessinée sollicite l'ensemble de notre cerveau; elle active autant les circuits impliqués dans le langage verbal que ceux qui sont impliqués dans l'exploration spatiale. Ainsi, la bande-dessinée est un medium qui sort notre conscience d'une raison piégée dans la seule dimension du langage verbal et alphabétique.
Cette mise en pratique de la thèse par sa forme même est-elle convaincante? Elle semble avoir convaincu son jury d'experts. Ce dernier fut-il ébloui par l'indéniable qualité esthétique du document? Cette thèse invitant à explorer les multiples dimensions qu'elle veut nous ouvrir, c'est par la relecture et une fréquentation assidue de ce livre que l'on en jugera par soi-même.
On retrouve dans le travail de Nick Sousanis toutes les idées de Marshall McLuhan enrichies par les découvertes des neurosciences, des sciences cognitives et redynamisées par les technologies numériques.
Paradoxalement, on se prend à songer que cette thèse, qui exalte une pensée multidimensionnelle, est tout entière portée par un livre imprimé - c'est-à-dire un support unidimensionnel qui met des œillères à l'esprit en l'enchaînant dans la succession linéaire des pages et des cases.
Prophétisme naïf? Une chose est sûre, cet oeuvre singulière de Nick Sousanis porte la marque de notre époque; elle constitue un objet caractéristique de ce début de XXIè siècle. MacLuhan en fut le précurseur. Grâce à Nick Sousanis, l'auteur de La Galaxie Gutenberg va peut-être bientôt sortir de son purgatoire.

 

En plus des remerciements et de la bibliographie exigée par le genre, la thèse elle-même est augmentée de quelques références sur les sources d'inspiration graphique, ainsi que de quelques esquisses et notes de travail - traces de making-off inexploitables par le lecteur.

Les origines du langage

  • Les origines du langage
  • Auteur : Jean-Louis Dessalles, Pascal Picq, Bernard Victorri
  • Editeur : Paris : Le Pommier ; Paris : Cité des sciences & de l'industrie
  • Publié : 2006
  • Type de document : Livres Adultes
Savoir plus et réserver
 

Ce petit livre regroupe trois contributions, trois approches scientifiques de la question de l'origine du langage.

Paléoanthropologie

Celle de Pascal Picq décrit l'approche paléoanthrologique de la question; il l'inscrit dans l'évolution des espèces et souligne d'emblée le principal écueil; la parole s'envole et ne laisse pas de fossiles or le paléontologue travail dans comparant des fossiles. Cependant la contribution de Pascal Picq articule finement les données archéologiques avec les travaux des linguistes et des éthologues qui seront présentés dans les contributions suivantes.

Linguistique
D'abord, l'approche linguistique de Bernard Victorri dans laquelle est discutée la question de la langue originelle; une langue mère pour toutes les langues du monde contemporain où plusieurs origines indépendantes? Les thèses de Meritt Ruhlen (L'Origine des langues. Sur les traces de la langue mère) ainsi que le concept de grammaire universelle soutenue par Chomsky y sont discutées et critiquées en les réévaluant face aux nouveaux apports de l'anthropologie et de l'éthologie. Mais l'aspect le plus intéressant est l'approche fonctionnelle de la langue pour laquelle il s'agit moins de comprendre à quoi sert la langue que de comprendre en quoi la pratique du langage fut déterminante dans la survie de l'espèce. Autrement dit, il s'agit de comprendre la valeur adaptative du langage dans l'évolution des espèces. C'est sur cette question que l'éthologie peut apporter quelques lumières.

 

Ethologie

C'est cette question qui est au cœur de la troisième contribution de Jean-Louis Dessalles. Bernard Victorri avait mis en avant une fonction narratrice du langage (qui n'est pas sans rappeler l'espèce fabulatrice chère à Nancy Huston). Dans sa contribution (Éthologie du langage) Jean-Louis Dessalles assigne deux fonctions au langage; d'une part de la fonction "monstrative" (montrer ce qu'on a vu et que les autres n'ont peut-être pas vu) et une fonction argumentative (qui confronte les contradictions des observations pour établir une vision commune - mélangeant faits et hypothèses). Ces deux fonctions ne sont pas incompatibles avec l'idée de fonction narrative puisque cette dernière pourrait les englober (raconter pour montrer ou démontrer).

 Ainsi on peut voir dans le langage une extension des sens qui permet un partage des percepetions (montrer) dans une perspective critique (toute perception doit être confrontée à d'autres perceptions).

Dans l'ombre de la peur


Savoir plus et réserver
 
Sur internet quand c'est gratuit, c'est que le produit c'est vous (Adage)
 
 

 Dans l'ombre de la peur contient deux brèves enquêtes en bande dessinée menées par un duo de journalistes américains, Michael Keller et Josh Neufeld (dessinateur). Les deux enquêtes portent sur les conséquences du Big Data sur les libertés individuelles.
Ce petit livre est un bon point de départ pour commencer à réfléchir sur les enjeux de la collecte massive de données personnelles par des entreprises privées telles que Google, Facebook, Uber etc. La première enquête, la plus fouillée, rend compte des entrevues des auteurs avec des spécialistes de ces questions.
La seconde enquête, très courte, expérimente un trajet en voiture par les bons services de l'entreprise Uber.
Ceux qui n'en auraient pas encore pris conscience comprendront grâce à cette BD la différence entre en objet connecté (leur smartphone par exemple) et un objet non connecté (une agrafeuse par exemple).
Il s'agit de la même différence qu'entre un texte imprimé et un livre électronique (dans une liseuse, une smartphone ou votre ordinateur). Ainsi, lire la version imprimée de Dans l'ombre de la peur  ne laissera aucune trace sur internet. Il n'en sera pas de même si vous téléchargez sa version originale (titre américain: Terms of Service) au format epub ou pdf sur le site de son éditeur al Jazeera America où il est disponible gratuitement, bien entendu ( http://projects.aljazeera.com/2014/terms-of-service/ ).

Article 353 du code pénal

  • Article 353 du code pénal
  • Auteur : Tanguy Viel
  • Editeur : [Paris] : Ed. de Minuit
  • Publié : 2017
  • Type de document : Livres Adultes
Savoir plus et réserver
 
Martial  Kremeur est un homme désabusé, victime d’une escroquerie immobilière il va commettre l’irréparable. Dans le  huis clos du bureau du juge d’instruction, il va raconter les événements tels qu’il les a vécus, son impuissance à dire non à ce promoteur flambeur, sa honte d’avoir investi puis rêvé et tout perdu. C’est le récit  d’une prise de conscience du jeu de dupe dans lequel il est tombé.  Cette confession non seulement envoutante soulève la question de la responsabilité, celle du condamné  comme celle du juge.
Un roman passionnant.

Continuer

  • Continuer
  • Auteur : Laurent Mauvignier
  • Editeur : Paris : Ed. de Minuit
  • Publié : 2016
  • Type de document : Livres Adultes
Savoir plus et réserver
 
Par ce petit billet, je souhaite à notre échelle du Pavillon Blanc rattraper une injustice. En effet, ce livre sur tant de "pré listes" des prix littéraires de septembre 2016, est reparti bredouille de toutes ces grandes académies.
Plus touchant que Chanson Douce de Leïla Slimani,
Aussi poignant que Petit Pays de Gaël Faye (les deux livres m'ont fait verser des larmes),
Continuer est une pure merveille dans sa justice de narrer cette relation toute particulière entre cette mère et son fils à la dérive.
Amis lecteurs, s'il n'y a qu'un seul livre à retenir de cette rentrée littéraire 2016, je vote sans hésitations pour continuer.

Désorientale

  • Désorientale
  • Auteur : Négar Djavadi
  • Editeur : [Paris] : L. Levi
  • Publié : 2016
  • Type de document : Livres Adultes
Savoir plus et réserver
 

J'ai aimé Désorientale.
J'ai aimé ce premier roman Néjar Djavani.
J'ai aimé la fraîcheur de son écriture.
J'ai aimé lire toutes ces histoires de femmes.
J'ai aimé me plonger dans l'Iran d'avant le régime de Khomeini.
J'ai aimé observer cette France terre d'accueil de bien des exils.
J'aimerai pouvoir aller rencontrer l'auteur le samedi 4 février à 10h à la librairie La Préface.
http://www.babelio.com/livres/Djavadi-Desorientale/852415 

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