La trahison des éditeurs

  • La trahison des éditeurs
  • Auteur : Thierry Discepolo
  • Editeur : Marseille : Agone
  • Publié : DL 2011
  • Type de document : Livres Adultes
Savoir plus et réserver
 

Le biographe de Gaston Gallimard Pierre Assouline n’a pas du tout aimé ce livre. Il trouve ce pamphlet caricatural et reproche au pamphlétaire un manichéisme facile qui opposerait avec démagogie grands groupes d'édition et petits éditeurs.  Thierry Discepolo est vraiment trop méchant avec tout le monde; et puis - cela est peut-être son principal grief - le critique littéraire n'a pas décelé dans les analyses de Discepolo « la moindre étincelle d’intérêt pour les livres et la littérature » qui n’émergent jamais  « de cette analyse sociologisante frappée au coin du bon sens". Ici le critique littéraire s'égare peut-être; est-il bien honnête de reprocher à l’auteur de ne s’intéresser aux chiffres d’affaire ? Ce n'est pas de littérature qu'il s'agit mais d'édition, c'est à dire d'une activité économique - ce que l'écriture (surtout littéraire) n'est qu'accessoirement.

Le lecteur attentif à la vie des livres trouvera pourtant quelque chose d'essentiel dans ce texte qui est un peu plus qu’un mouvement d’humeur. Thierry Discepolo y défend l'idée qu'un auteur ou un éditeur peuvent et doivent se passer de toute compromission avec le marketing et les structures d'édition que le capitalisme a déjà absorbées; il existe encore des maisons indépendantes, et l'indépendance a encore des vertus. Bien entendu comme dans tout texte critique le ton n'est pas aux amabilités. Thierry Discepolo s'attache pour l'essentiel à dénoncer comment le capitalisme est capable de neutraliser sa propre contestation en la réduisant à une marchandise en rappelant comment Lagardère s'est bien amusé à faire de l'anticapitalisme une marchandise comme les autres (derrière l’enseigne est des éditions La Découverte, le groupe Lagardère fut quand même l’éditeur de José Bové.

Bien entendu, le phénomène de la concentration est connu depuis longtemps et Thierry Discepolo n’a pas la naïveté  de publier un scoop. Nous sommes bien avertis de la concentration des maisons d'éditions en grands groupes plus attachés à l'actionnariat mondialisé qu'à l'activisme altermondialiste. Mais ne reprochons pas à l’auteur de clamer que l’on peut éditer autrement. Ce n'est peut-être pas inutile de proclamer un tel credo. Surtout qu'il le met lui-même en pratique. On peut bien l’excuser d'avoir pris plus de peine pour dénoncer ce qui ne vas pas que pour faire l'éloge de ce qu'il faut faire; car on ne trouvera dans son propos nulle trace de panégyrique auto-satisfait ou de plaidoyer pro domo. Si le travail d'édition de la maison Agone parle pour lui, nous ne nous priverons pas quant à nous d'en parler.

Pour lire le billet de Pierre Assouline dans son blog La République des Livres: La lutte des classes dans l'édition pour les nuls.

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